La culture pèse 54 milliards d'euros, sans le streaming
La culture a produit 54,1 milliards d'euros de valeur ajoutée en France en 2024, soit 2,1 % de l'économie. La hausse de 2,6 % est un effet de prix : en volume, l'activité recule de 0,5 %. Le spectacle vivant bondit de 11 %, la presse ne pèse plus que 7 % du total. Et le streaming, déclaré en programmation informatique, reste hors du compte.
Le ministère de la Culture a publié le 4 septembre 2026 son estimation annuelle du poids économique direct de la culture. Le chiffre de tête ne bouge pas : 54,1 milliards d’euros de valeur ajoutée en 2024, soit 2,1 % de l’économie, comme en 2023. La production des branches culturelles atteint 113,8 milliards d’euros.
Plus d’euros, moins d’activité
La valeur ajoutée culturelle progresse de 2,6 % en valeur, à peu près comme l’économie (+ 2,9 %). En volume, elle recule de 0,5 %, quand l’ensemble de l’économie gagne 1,5 %. L’écart tient aux prix : ceux de la valeur ajoutée culturelle montent de 3,1 %, contre 1,3 % pour l’économie.
Rappelons que la culture compte une part non marchande importante : 21 % de sa production, soit 24,1 milliards d’euros. Pour ces activités, la comptabilité nationale mesure la valeur par les coûts et le volume par le service rendu, c’est-à-dire la fréquentation. Ce mode de calcul explique une partie de l’écart. Il n’en change pas le sens : en 2024, la culture a surtout facturé plus cher.
Sur cinq ans, le bilan reste favorable : + 8 % en volume depuis 2019, contre + 5 % pour l’économie.
Le spectacle vivant monte, la presse s’efface
Trois branches portent la croissance : le spectacle vivant (+ 11 % en volume), le patrimoine (+ 4 %) et les arts visuels (+ 2 %). Toutes les autres reculent : architecture (– 7 %, troisième baisse consécutive), presse (– 6 %), livre et audiovisuel (– 3 %), publicité (– 2 %).
Le spectacle vivant pèse désormais 18 % de la valeur ajoutée culturelle, contre 13 % au creux de la crise sanitaire. Aucune branche n’a davantage progressé depuis 2000.
La presse suit la trajectoire inverse : 19 % du total en 2000, 7 % en 2024. Le tirage moyen de la presse nationale a chuté de 63 % entre 2014 et 2024, les recettes publicitaires de la presse écrite ont reculé de moitié entre 2013 et 2023. L’étude y voit « l’évolution la plus notable » des vingt dernières années.
L’audiovisuel en tête, le jeu vidéo en moteur
L’audiovisuel reste la première branche : 14,5 milliards d’euros, 26,9 % du total. Il se contracte de 3 % en 2024, après quatre années de hausse, mais affiche + 31 % depuis 2019.
À l’intérieur, les écarts sont nets. L’édition de jeux électroniques gagne 14 % en un an et 146 % depuis 2019. L’enregistrement sonore et l’édition musicale progressent de 8 %. À l’inverse, l’édition et la distribution vidéo perdent 18 %, les chaînes généralistes 10 %, les chaînes thématiques et la distribution de films 8 %.
Ce que le compteur ne voit pas
Le chiffre vaut aussi par ce qu’il exclut. Le champ, harmonisé sous l’égide d’Eurostat en 2009, repose sur 34 codes de la nomenclature d’activités. Or l’étude le reconnaît : « l’activité des acteurs du numérique échappe en partie à la comptabilité nationale ». De nombreuses entreprises de streaming ont déclaré pour activité principale la « programmation informatique ». Elles ne sont pas comptées.
La publicité en offre un second indice. Sa part dans la valeur ajoutée culturelle est passée de 13 % à 10 % depuis 2000, « du fait de la concurrence des acteurs du numérique ».
La correction est programmée. La NAF 2025 entrera dans les répertoires statistiques à partir de 2027 ; la comptabilité nationale suivra d’ici 2030. La nouvelle nomenclature mentionne explicitement podcasts, streaming et vidéo à la demande, et le ministère travaille avec Eurostat à redéfinir le champ culturel. D’ici là, les séries restent calculées à périmètre constant.
La conséquence tient en une phrase. Le recul de la vidéo physique, des chaînes linéaires et de la presse papier est mesuré ; l’essor des plateformes qui les remplacent l’est mal. Le poids économique de la culture est donc probablement sous-estimé à l’endroit précis où elle se transforme.
Sources
N. Pietrzyk, Le poids économique direct de la culture en 2024, ministère de la Culture, DEPS, coll. « Culture chiffres », n° 2026-3, 4 septembre 2026, 26 pages.