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Musique et IA : 20 000 titres par jour, et le tri des métiers

En avril 2025, Deezer voyait arriver 20 000 titres générés par IA chaque jour — 18 % des nouveautés déposées. Une étude du Centre national de la musique et de BearingPoint mesure ce que l'IA générative fait à la filière : un gain net sur la technique et la promotion, une menace directe sur la rémunération des artistes et la diversité des esthétiques. Les métiers ne disparaissent pas. Ils se trient.

Dessin : une musicienne à la guitare, seule devant un micro, est cernée par une vague immense de disques gris parfaitement identiques et sans étiquette
Image à la une — UniversConvergents.

Décembre 2023, lancement de Suno : l’IA cesse d’assister la musique pour la produire. Un morceau complet, voix comprise, à partir d’une phrase. Le Centre national de la musique et BearingPoint ont interrogé la filière au printemps 2025 pour mesurer ce que ça change réellement.

Ce que l’IA fait bien

Sur la technique, l’affaire est entendue. Mixage, mastering, restauration audio : largement assistés, et la dépendance aux prestations coûteuses recule d’autant. Un artiste peut concrétiser une maquette complexe sans maîtriser tous les instruments ni payer un studio.

Sur la promotion, le gain est aussi net : visuels et clips générés à la demande, segmentation fine des audiences, ajustement en temps réel des stratégies de sortie.

Les professionnels interrogés parlent d’un « sparring partner » — contre la page blanche, pour tester dix versions d’un arrangement, pour mélanger des influences qu’on n’aurait pas rapprochées.

Ce qu’elle menace

Vingt mille titres générés par IA déposés chaque jour sur Deezer en avril 2025, soit 18 % des nouveautés. Le risque n’est pas que ces morceaux soient bons ; c’est qu’ils saturent le marché et diluent les revenus de ceux qui en vivent.

Vient ensuite la standardisation. Si tout le monde utilise les mêmes modèles — et si ces modèles s’entraînent sur des contenus déjà automatisés — l’esthétique converge.

Puis la voix. L’affaire Ghostwriter, qui imitait Drake et The Weeknd, ou le remix synthétique d’Angèle : l’identité vocale se copie sans consentement, et le droit peine à suivre.

Reste le flou juridique sur la légalité de l’entraînement, qui freine les acteurs les plus prudents — c’est-à-dire souvent les plus exposés.

Le tri des métiers

L’étude ne prédit pas de disparitions. Elle décrit une ligne de partage.

D’un côté, les postes exposés : exécution technique pure, application de standards, projets standardisés, budgets restreints, exécutants perçus comme interchangeables.

De l’autre, ce qui résiste : la valeur artistique ou servicielle forte — auteur-parolier, arrangeur reconnu —, le spectacle vivant, la production haut de gamme. Autrement dit, ce qu’on choisit pour une signature, pas pour un tarif.

Ce qui reste à écrire

La filière discute de « licences d’entraînement » et de nouvelles formes de perception pour l’usage synthétique des voix. Rien n’est stabilisé.

Entre-temps, les petites structures gagnent en agilité : coûts de production en baisse, itération rapide, accès au marché sans label. La désintermédiation qu’on annonçait pour le streaming arrive peut-être par la production.

Sources

Consulter la présentation (PDF)

Consulter l’étude intégrale (PDF)

Écouter la synthèse audio

Frédéric Mouillère

Frédéric Mouillère

Éditeur d'UniversConvergents — veille juridique IT & IP

Frédéric Mouillère assure une veille régulière sur le droit du numérique, la propriété intellectuelle et l'intelligence artificielle, à l'attention des professionnels, à la convergence des technologies et de la création.

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